MAP Info : Bonjour Mariame Gba ; pouvez-vous, s’il vous plaît, vous présenter en quelques mots aux lecteurs du MAP ?

MG : Bonjour ; j’ai une formation universitaire en gestion de l'environnement. Je travaille à la Bibliothèque Publique du District Autonome d'Abidjan (ex Bibliothèque Municipale d'Abidjan). Je suis également auteure de littérature de jeunesse et animatrice d'ateliers destinés aux enfants.

MAP Info : Vous avez une activité régulière dans l’activité du livre depuis plus de trente années ; quels sont les projets qui vous ont marqué.

MG :  J’ai effectivement travaillé à la conception de plusieurs projets et il m’est difficile de choisir parmi eux. Pour en citer quelques-uns je parlerai de la Caravane du Livre de la Ville d'Abidjan dans les années 90, l'Association Culture en Fête, l'Initiative Le Pont culturel Merveilles d'ici depuis 2011, l'Opération Bibliothèques de Proximité, le Personnage de jeunesse Litou et la campagne " Les Journées-Merveilles RAFA (Réflexion, Action, Formation, Animation).

MAP Info : Quelle analyse faites-vous de la situation du livre en Afrique ?

MG : Le livre est un produit culturel et économique. C'est un outil essentiel de transmission du savoir, formation des ressources humaines, un outil de construction et d'affirmation de la personnalité. Le livre joue un rôle indéniable dans le processus de développement des pays. En avons-nous suffisamment conscience dans nos pays africains ? Travaillons-nous réellement dans un cadre pensé, conçu avec de grandes lignes directrices, des actions bien définies d'année en année en vue d'atteindre des objectifs précis ? La réponse est loin d’être évidente.

Mais je dois reconnaître que les avancées dans le secteur du livre ne se font pas au même rythme dans les pays anglophones et francophones d'Afrique, je déplore d'une manière générale l'insuffisance, voire l'inexistence de bibliothèques de lecture publique ainsi que l'absence de cadre permanent de concertation et de collaboration en vue de capitaliser les expériences, promouvoir les bonnes pratiques, pérenniser les actions.

MAP Info : Comment cela impacte le rapport des jeunes à la lecture ?

MG : La majorité des jeunes en Afrique, rencontre pour la première fois le livre, en milieu scolaire ; faute d'offres de lecture-plaisir en famille ou dans des structures appropriées dans leur environnement proche. Dans ces conditions, il est difficile d’avoir un réel engouement vis-à-vis du livre et de la lecture.

Partout où se met en place un dispositif facilitant l'accès aux livres, partout où se conçoivent des programmes adaptés aux besoins des jeunes, il est possible de stimuler l'intérêt pour la lecture. L'adolescence étant une période délicate, l'idéal serait de commencer plus tôt la familiarisation avec l'écrit et les outils de diffusion du savoir.

MAP Info : Il faut tout de même débourser de trois à cinq mille Francs CFA en moyenne pour l’achat d’un roman. Avec un salaire minimum qui avoisine les soixante-mille FCFA en Côte d'Ivoire, ne pourrions-nous pas voir dans le prix du livre un des freins réels à la lecture de loisir ?

MG : C'est une réalité. Le prix du livre figure parmi les freins à la pratique de la lecture. Étant bibliothécaire, je reviens toujours à l'action publique à travers les bibliothèques. Je reviens toujours à une volonté politique manifeste en amont qui trace les orientations et facilitent les conditions de mise en œuvre. Ce travail de base qui s'effectue à une grande échelle, ne peut qu'être bénéfique aux éditeurs, diffuseurs et libraires.

MAP Info : Les bibliothèques font partie de la chaîne du livre local au même titre que les éditeurs, les auteurs, les illustrateurs, les grossistes et les libraires. Existe-t-il à votre avis, une réelle collaboration entre ces différents acteurs ?

MG : Oui, des liens existent entre ces différents acteurs du livre. Mais il importe de dépasser la simple confraternité pour envisager une collaboration dynamique sous la forme d'une plateforme permanente de réflexion et d'action. Le développement du secteur nécessite une telle approche.

MAP Info : Vous avez décidé de contribuer à l'installation de bibliothèques de proximité pour faire la promotion de la lecture. Quel bilan faites-vous de votre action ?

MG : Dans le cadre de l'Initiative « Le Pont culturel Merveilles d'ici (plateforme de réflexion et d'action) », un volet est consacré à la lecture publique. Après trois décennies dans ce secteur, les idées et expériences peuvent servir aux autres. Il était important de travailler sur des produits en vue de faire des offres concrètes aux collectivités territoriales et aux partenaires.

Les résultats me paraissent encourageants avec Bibliothèques de Proximité (OBP) qui est une réponse de l'Initiative Le Pont culturel Merveilles d'ici au manque de bibliothèques de lecture publique chez nous. Il faut signaler que les projets de bibliothèques ont été souvent le fruit de la coopération internationale.

Il y a aussi le Personnage Litou, l'ami des livres le compagnon des enfants. Avec son aspect assez particulier, un chapeau en forme de livre sur la tête, Litou plaît aux jeunes et aux moins jeunes. Ce personnage sera au centre d'une campagne de sensibilisation, la Caravane Litou.

MAP Info : Avez-vous déjà toutes les ressources nécessaires pour mener à bien ces projets ?

MG : Je n'ai pas toutes les ressources nécessaires. D'abord la force des idées, l'engagement sur le terrain puis j'essaie de convaincre et associer des partenaires aux différentes étapes. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour nous permettre d'avancer avec des appuis en conseil, offres de formation, livres, matériels, équipements pour le fonctionnement d'une bibliothèque, bibliobus...

Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

MAP Info : Quel message aimeriez-vous envoyer à l’Afrique et à la diaspora ?

MG : l'Afrique n'a pas un autre choix que d'accepter le livre et la pratique de la lecture. Pour faciliter l'encadrement des jeunes, permettre l'auto-formation, et la formation continue, l'Afrique devrait pouvoir s'engager dans la création de bibliothèques. C'est une étape importante. Une étape qui a été sous-estimée dans de nombreux pays. L'enjeu, c'est la qualité des ressources humaines.

 

À la diaspora, je voudrais demander d'orienter et /ou de renforcer leurs aides et investissements dans le domaine des bibliothèques et de la formation.