Map Info : Bonjour Madame Sessi Prisca Houaito, merci d’accepter de participer à cette interview. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs du MAP.

SPH : Je suis béninoise, âgée de 24 ans. Je suis titulaire d'un diplôme d'administrateur en administration des finances et trésor.  J’ai aussi un DEA en droit public. Je suis Directrice exécutive de l’ONG Alliance Internationale des Objectifs de Développement Durable - http://www.aiodd.org/.

Map Info : Vous dispensez dans le cadre de votre ONG des formations aux femmes qui ont des activités économiques ; dans quel but ?

SPH : Près d’un milliard de personnes vivent avec moins de 1,90 dollar par jour et la plupart d’entre elles vit en Afrique. Ce qui signifie que 40% des citoyens du continent vivent dans l’extrême pauvreté. C’est le cas du Bénin dont la pauvreté monétaire est de 43,6 %. Il est important de trouver un mécanisme d’accroissement des revenus des pauvres.

Il y a quelques années déjà, la microfinance a connu un essor considérable au Bénin. On note aujourd’hui des milliers de femmes bénéficiaires de microcrédits, ce qui a permis à plusieurs d’entre elles de démarrer des activités génératrices de revenus. Cependant beaucoup de femmes béninoises peinent à sortir de la pauvreté. Et pire, incapables de rembourser le financement qui est mis à leur disposition. Une petite enquête auprès de quelques femmes menant une activité génératrice de revenus, a permis de constater que l’argent qui doit servir à faire tourner leurs activités ainsi que les prêts qui leurs sont octroyés sont très souvent détournés à d’autres fins.

Conscients qu’une femme qu’on éduque est une nation qu’on gagne, nous avons décidé de former des femmes et jeunes filles, surtout de milieux ruraux et qui constituent des couches vulnérables, à avoir une meilleure maîtrise de leur finance. Ce qui leur permettra de mieux gérer leurs revenus et de s’occuper de leurs familles. L’éducation financière est un outil de lutte contre la pauvreté toute en permettant aux bénéficiaires de prendre des décisions efficaces aussi bien dans la gestion de leurs ménages que de leurs entreprises.

Map Info : Comment choisissez-vous les personnes qui peuvent bénéficier de vos formations ?

SPH : Nous travaillons surtout avec les femmes des milieux ruraux, vu qu'elles sont plus vulnérables. Nous travaillons avec les femmes des zones reculées et qui sont considérées comme pauvres selon les statistiques de Enquête Modulaire Intégrée sur les Conditions de Vie des ménages (EMICov / Bénin). Une fois les zones identifiées, nous prenons contact avec les responsables des associations et groupement de femmes, en collaboration avec les autorités locales (maire, élus locaux…)

Map Info : Quel est le contenu de la formation que vous dispensez ?

SPH : Le samedi 1er Juillet 2017 dernier à Porto-Novo par exemple, la capitale politique du Bénin, une ville réputée pour ces grandes commerçantes, l’autonomisation financière et aussi la gestion du portefeuille étaient au menu de la formation d’une trentaine de femmes exerçant des activités génératrices de revenus. Nous avons insisté sur la nécessité de faire la différence entre le portefeuille de leur mini-entreprise et leur portefeuille personnel. Il est indispensable de faire une nette distinction entre le capital de la mini-entreprise et les bénéfices réalisés. Nous avons aussi échangé sur les bonnes pratiques, sur la gestion du portefeuille et leur avons donné quelques astuces pour accroitre leurs revenus. Nous avons également attirer leur attention sur l'épargne, la priorisation des dépenses d'investissement au profit des dépenses de fonctionnement, de planification et d'élaboration d'un budget.

Map Info : Comment réagissent les bénéficiaires de ces formations ?

SPH :  Je crois que c'est une grande joie pour elles de renforcer leurs capacités sur ce sujet important qu'elles ignorent. Elles sont souvent très intéressées et posent beaucoup de questions sur le sujet. Nous sentons une certaine carence d'informations à leur niveau. Elles ont vraiment besoin de ce genre de séances. Elles souhaitent même que nous revenions dans de brefs délais pour d'autres séances.

Map Info : Du coup, envisagez-vous d’autres formations ?

SPH : OUI, bien sûr. Notre souhait est d'étendre le projet sur toute l'étendue du territoire du Bénin, pourquoi pas dans la sous-région. Surtout avec le lancement du projet micro crédit nouvelle génération lancé par la ministre en charge des affaires sociales du Bénin, il est important d'aller à la rencontre de ces femmes et de sensibiliser les bénéficiaires avec un grand suivi pour une véritable réduction de la pauvreté. Après Porto-Novo, nous envisageons de mettre le cap sur le département du zou avant de revenir sur le littoral où nous seront au cœur du marché Dantokpa, l’un des plus grands marchés d’Afrique de l’ouest avec un chiffre d'affaire d'environ 500 milliards de FCFA par an.

Map Info : Pour conclure, quel message pouvez-vous adresser à nos lecteurs ?

SPH : J’exhorte la jeunesse africaine à continuer de s’investir sur le terrain car il nous sera toujours bénéfique. Le sous-développement n'est pas une fatalité. Nous pouvons changer les choses. Chacun de nous doit essayer d'apporter son grain de sel car nous regorgeons de beaucoup de potentialités – Osons le changement.