Macaire ETTY

MAP info : Bonjour, merci d’avoir accepté de participer à cette interview. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots aux lecteurs du MAP ?

EM : Je m’appelle Macaire ETTY. Je suis Ivoirien. Je suis chroniqueur littéraire, activiste culturel et écrivain. Professeur de lettres modernes de formation, je suis depuis avril 2016 le Président de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire.

MAP info : Quelle analyse faites-vous de la situation du livre dans votre pays ?

EM : je dirai que la situation du livre en Côte d’Ivoire est à l’image de ce qu’elle est dans presque tous les pays africains. Le livre n’est pas un objet de grande consommation. Mais curieusement, les Ivoiriens écrivent beaucoup et il y a un essor indiscutable de l’édition dans mon pays.

MAP info : La Côte d’Ivoire compte en effet plus de six cents auteurs, pourtant la critique selon laquelle les jeunes ne lisent pas persiste. Est-ce que vous partagez cette perception ?

EM : Les jeunes ne lisent pas assez comme on l’aurait voulu, nous écrivains et enseignants de lettres. Mais tout est relatif, les Ivoiriens ne lisent pas moins que les autres jeunes des autres pays africains. Les Ivoiriens ne lisent pas mais alors pourquoi les maisons d’édition connaissent un boom ?

MAP info : L’Unesco annonce un taux d’analphabétisme de 56,1% pour la Côte d’Ivoire ; est ce que cela n’expliquerait pas en partie les freins à la lecture ?

EM : C’est évident !

MAP info : Quelles sont les actions de l’AECI pour améliorer cette situation ?

EM : L’AECI fait ce qu’elle peut selon ses moyens et son champ d’action. Nous animons la vie littéraire dans ce pays, nous organisons différentes activités. Ce sont des prétextes pour amener les Ivoiriens à lire.

MAP info : Mais au juste Monsieur ETTY, pourquoi faut-il lire ?

EM : Répondre à cette question, c’est prononcer une conférence entière. Retenons en peu de mots que c’est le moyen le plus efficace de se cultiver. La lecture nous ouvre l’esprit et nous permet de découvrir une infinité d’horizons. C’est un outil qui nous permet, tout en développant notre esprit critique, de comprendre le monde.

MAP info : Pensez-vous qu’il existe une véritable politique d’incitation à la lecture en Côte d’Ivoire ?

EM : Il y a une Direction du Livre et de la Lecture qui pourrait mieux répondre à cette question. C’est sa mission, c’est son devoir.

MAP info : Vous êtes connu pour vos prises de position pour faire la part belle à la culture en générale et à la littérature en particulier. Pourquoi est-ce si important à vos yeux ?

EM : C’est le déficit de culture qui est à l’origine du retard de l’Afrique. La culture est le socle du développement. Nos dirigeants semblent ne pas comprendre cette vérité.

MAP info : On parle de plus en plus de la promotion du livre numérique en Afrique. Avec le manque de moyens technologiques, est-ce vraiment une stratégie valable ?

EM : Le livre numérique est inévitable ; c’est un processus irréversible mais qui ne fera pas augmenter le nombre de lecteurs. Quand bien même les moyens technologiques seront disponibles, ce sont ceux qui ont l’habitude de lire qui liront.

MAP info : Le livre a besoin d’un réseau important, et bien réparti sur le territoire. Et aussi de relais bien organisés auprès de la population. Peut-on y arriver sans coordination entre les différents maillons de la chaîne du livre que sont les auteurs, les éditeurs et les libraires.

EM : Bien sûr que non ! Le réseau de distribution de livres en Côte d’Ivoire est limité, inefficace et souffre d’un déficit d’innovation. Il n’y a pas assez de libraires dans le pays. A l’intérieur du pays, il n’en existe pas du tout dans de nombreuses villes. De même qu’il n’y a pas assez de bibliothèques.

MAP info : Quelles sont les prochaines dates importantes pour l’AECI ?

EM : Parlons plutôt de nos prochaines activités car les dates ne sont jamais fixes en raison de certains paramètres qui ne dépendent pas de notre seule volonté. Les prochaines activités ont pour noms : concours littéraires de poésie et de nouvelles ; la nuit des écrivains, la journée AECI, les conférences AECI, la sortie-détente AECI…

MAP info : Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser à nos lecteurs ?

EM : L’humanité est sur une pente descendante. Nous tendons vers un état de non-culture. La culture est en train d’être diluée et confondue avec certains évènements dont la télé se plaît à faire écho. J’appelle à plus de culture, plus de littérature. L’overdose de politique et de religion a conduit de nombreux États à la guerre. Essayons alors la littérature.