MAP Info : Bonjour Eugénie Lobé merci de participer à cette interview du MAP pour nous faire découvrir votre association Edo plumes. Pouvez-vous la présenter en quelques mots aux lecteurs du MAP ?

E.L. : Le projet Edo plumes se décline en deux temps. Le premier correspond à la forme juridique associative car c’est la plus adaptée : une réunion de personnes autour de valeurs communes partageant le même projet, à savoir la promotion de l’écrit. Nous évoluons dans une culture de l’écrit, qui régit l’ensemble des activités de la société. Ce qui semble aller de soi pour des personnes comme vous et moi qui en maîtrisons les codes, ne l’est pas forcément pour d’autres : primo-arrivants, illettrés, analphabètes ou dyslexiques.

Certaines personnes sont également trop empêtrées dans leurs problématiques personnelles pour avoir le recul nécessaire à la rédaction d’un courrier efficace, dans le cadre de recours administratifs par exemple, qui sont de plus soumis à des délais. La dimension confidentielle et le temps d’écoute sont aussi propices pour l’usager à une forme de lâcher-prise : il est écouté, accueilli, sa problématique est prise en compte. C’est un sas de décompression en quelque sorte.

Aussi, au-delà de la médiation entre l’usager et une administration ou une entreprise, l’écriture publique est finalement une relation d’aide ayant pour support l’écriture.  A côté de ce besoin social auquel répond l’écriture publique, nous développons aussi des ateliers d’écriture créative (Créative writting), à destination d’un public qui souhaite renouer de façon ludique avec l’écrit ou explorer toutes les possibilités de cet univers. Des résidences d’auteurs, qui assisteront les personnes inscrites à ces ateliers dans leur démarche créative, sont prévues.

Le deuxième temps concerne la mise en place d’un projet de plateforme numérique, visant aussi bien à rassembler la communauté de lecteurs et auteurs ainsi constituée et lui permettre de publier en ligne ses écrits. Nous travaillons sur le modèle économique le mieux adaptée à cette phase du projet.

MAP Info : Quel est votre rôle dans cette organisation ?

E.L. : La petite taille de notre structure associative, tant au niveau de la composition des équipes qu’au niveau des ressources, nous oblige à optimiser au maximum notre implication personnelle dans le projet. Cela se traduit par le fait que l’on porte une multitude de casquettes. Pour ma part, je suis à la fois trésorière, chargée de développement du projet associatif, chargée culturelle, chargée des partenariats et écrivaine publique.

Nous espérons que les personnes qui nous liront seront intéressées par le projet, et voudront y participer, en apportant leur propre touche. L’implication bénévole est primordiale pour toute activité associative : pour son développement, mais aussi pour la diversité des profils qu’elle va drainer, et qui est garante d’une bonne vitalité démocratique.

MAP Info : L’Association Edo plumes cible-t-elle un public en particulier ?

E.L. : Edo plumes répond à un besoin social en écriture publique. Elle va à la rencontre de ceux qui ne maitrisent pas les codes de l’écrit institutionnel, en priorité. Mais le public correspondant aux ateliers ludiques et créatifs est beaucoup plus vaste : de 7 à 77 ans, toutes catégories sociales confondues.

L’écriture doit perdre cette sacralité acquise autour de l’objet-livre, pour redevenir un objet de plaisir à travers les jeux de mots. Un objet de connaissance de soi, car écrire c’est explorer son intériorité.  Mais aussi de connaissance des autres car ces ateliers ont vocation à tisser des ponts avec les autres participants. Cela répond complétement à l’une des missions principales de l’association, qui est la création de lien social et d’espaces publics de proximité.

MAP Info : Pensez-vous que la littérature puisse être un facteur d’intégration ?

E.L. : Je ne parlerai pas, en ce qui me concerne d’intégration. Mais ce point de vue n’engage que nous, car cela implique la dissolution identitaire de l’individu dans un champ plus vaste, une sorte de cadre référentiel auquel il lui faudrait se conformer.

Je dirai plutôt que c’est un facteur indéniable d’ouverture, car dès lors qu’on ouvre un livre, on est projeté dans l’univers d’un auteur, et c’est cette rencontre entre le lecteur et l’auteur qui fait l’œuvre littéraire. L’ouverture donne un véritable sens au vivre ensemble, et rend possible le projet commun de société avec l’Autre, aussi singulier soit-il.

MAP Info : Quelles sont les prestations que propose Edo Plumes ?

E.L. : Nos permanences d’écritures publiques sont gratuites et sur rendez-vous. Nous avons une permanence, en général le week-end, à la maison des associations du 15éme. Nous pouvons aussi traiter les demandes par mail via la fiche contact, sur le site : http://edoplumes.com/

Je vais donner un exemple concret : un usager doit faire un recours auprès du Pôle-emploi, de la CAF ou d’une toute autre institution, il nous appelle, prend rendez-vous, ou alors remplit le formulaire dédié sur le site. Et, nous lui faisons son écriture publique.

Les ateliers d’écriture créative (créative writting) sont en revanche payants, à raison de 40 euros pour 10 séances. Ils seront tout d’abord animés par moi. Je suis diplômée de Lettres modernes et, je dispose d’une longue expérience professionnelle dans le domaine rédactionnel, mais également dans l’accompagnement des publics.

Certains ateliers se dérouleront également sous la responsabilité et l’encadrement d’auteurs en résidence. Nous avons également une prestation d’initiation à la navigation sur internet et à la gestion de réseaux sociaux, animée par Melissa Delvalle, présidente de l’association. Ces ateliers sont également payants : 10 euros la séance ou 80 euros le forfait de 10 séances.

MAP Info : Comment envisagez-vous la mise en place de votre projet ?

E.L. : Le projet, avec la création de l’entité associative, amorce sa première phase de développement. Nous espérons qu’il répondra aux besoins d’écriture publique sur le territoire d’une part, et que d’autre part, il rencontrera un plus large public à travers les autres prestations.

Notre objectif est de fédérer une véritable communauté autour de ce projet, afin de pouvoir passer à la deuxième phase du projet, qui mettra en place une plateforme numérique collaborative autour des échanges et activités, à vocation littéraire (mais pas que !) de cette communauté.

MAP Info : Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

E.L. : Nous nous focalisons pour l’instant sur le développement associatif, et la création d’un tissu partenarial. La recherche de fonds pour le fonctionnement de l’association et le développement des projets est aussi un de nos axes primordiaux.

MAP Info : Existe-t-il des dispositifs pour accompagner des projets comme le vôtre ?

E.L. : Au niveau de la sphère associative, il existe des dispositifs comme le DLA (dispositif local d’accompagnement), qui accompagne le développement de structures sociales, à condition que ces structures soient employeuses, ce qui n’est pas encore le cas. Mais c’est l’un de nos prochains objectifs car nous sommes très impliqués dans la professionnalisation de l’association : certains aspects du développement associatif doivent être portés par des personnes rémunérées pour le faire, afin de préserver la véritable vocation de l’engagement bénévole.

MAP Info : Si des personnes souhaitent soutenir votre action, comment peuvent-elles le faire ?

E.L. : Toutes les forces vives sont les bienvenues. Nous accueillons les bénévoles à bras grands ouverts. Leur ressource est précieuse. Nous espérons aussi pouvoir compter sur d’autres ressources afin d’avoir un modèle économique véritablement hybride : des subventions, des fonds privées…

La plateforme numérique et collaborative nécessitera, par exemple, une importante levée de fonds privés. 

MAP Info : Quel message pourriez-vous envoyer à nos lecteurs ?

E.L. : J’aimerai leur dire qu’un auteur est avant tout un grand lecteur. Ecrire ne devrait pas être réservée à une élite. C’est avant tout un mode d’expression, qui les concerne eux au même titre que n’importe quel auteur reconnu. Une histoire n’a pas forcément vocation à être un best-seller, mais plutôt à être lue, partagée. Le succès commercial d’un écrit est devenu un critère incontournable de mesure qualitative d’une œuvre. Et pourtant…certaines œuvres rencontrent leur public très tard (cf, la « Conjuration des imbéciles » de John Kennedy Toole), et n’en sont pas moins des bijoux de créativité depuis le départ.

Alors n’hésitez pas à venir nous faire partager vos talents jusqu’ici cachés.