Map Info : Bonjour Monsieur Benjamin John, Nous vous remercions d’avoir accepté de prendre quelques instants pour vous adresser aux lecteurs du MAP. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots s’il vous plaît ?

BJ : Merci pour cette opportunité de pouvoir communiquer avec vos lecteurs et leur transmettre un peu de l’enseignement découlant de mes passions et de ma vie depuis 63 ans !

Sur le plan de la plus lointaine de mes passions, je suis Grand Maître de Taekwondo, ceinture noire 8è dan Kukkiwon, obtenue en Corée par un jury présidé par le GM Kim Young-Tae, Pionnier du Taekwondo en Afrique et par ailleurs, ceinture noire 9è dan de l’école du GM Lee Kwan-Young, Pionnier du Taekwondo en France.

Je suis aussi Arbitre international S Class et Arbitre olympique aux JO de Barcelone en 1992 et ceux d’Athènes en 2004. Je suis le Coordonnateur de l’arbitrage combat au sein de la Fédération Française de Taekwondo (FFTDA) et enfin, j’enseigne le taekwondo dans deux écoles (dojang) en région parisienne.

Sur le plan professionnel, j’ai occupé des postes de cadre chez IBM et Xerox France, dans les années 80 à 2000 ; comme commercial, manager commercial et Président d’une concession Xerox.  Ensuite, j’ai créé B&J MDV, société en management des ventes, coaching des managers commerciaux et des commerciaux. J’ai aussi une seconde entreprise B&J.com, société de vente de solutions de communication par l’objet et le cadeau publicitaire.

Je vis en région parisienne depuis 1974, année de mon arrivée en France et j’ai 3 enfants.

J’appartiens, dans tout un autre domaine, à un groupe d’élévation spirituelle qui me permet de tout mettre en œuvre pour rester sur ce que je dénomme la «voie juste», malgré les turbulences et les tentations de la vie de tous les jours.

Map Info : Qu’est-ce qui vous anime et vous pousse à entreprendre autant de choses de front ?

BJ : au début, nous sommes dans un train qui nous conduit, par la Grâce divine relayée par les efforts de nos géniteurs je veux parler de nos parents que nous devons apprendre à louer, voire remercier pour tous leurs efforts, même si par certains aspects, ils nous ont déplus ou insatisfaits. Puis nous prenons conscience d’une boulimie d’actions sur un chemin bien précis, guidé par l’envie, la conviction, la foi, … un engouement indescriptible, presque incontrôlable parce que nous sommes peut-être ainsi conçus, mais comme on le dit si bien, « Aide-toi et le ciel t’aidera ».  Donc rien n’est hasard, même si tout ne paraît pas si bien organisé dès le départ.

Je dirai aujourd’hui que le lien de tout ce que j’ai touché de mes mains ou réalisé par ma volonté, reste dans l’axe de la transmission : transmettre ce que j’ai reçu par la Grâce : le taekwondo, ma volonté, mon savoir, mon savoir-être, mon savoir-faire, mon engouement, ma logique, ma pertinence, ma vision, mes convictions, mon envie de donner envie, mon envie de réussir, mon envie de marquer mon passage sur terre, mon envie de contribuer, etc…

Map Info : Pensez-vous que les jeunes africains soient suffisamment ambitieux ?

BJ : je viens de vous tracer l’itinéraire primordial, mais qui ne peut se réaliser sans notre participation, «Aide-toi et le ciel t’aidera» !

Comme vous pouvez l’imaginer, j’étais un Noir dans un pays de Blancs, donc mon ambition et mon moteur étaient de faire mieux que les Blancs eux-mêmes en tout, afin que l’on me voit « une seconde comme un Noir » et tout le reste comme leurs semblables … et mieux qu’eux-mêmes, pour ne pas avoir ni à poser des questions, ni à chercher.

Ainsi j’étais un des premiers dans le taekwondo français, le pionnier dans l’organisation de l’arbitrage en France, le premier arbitre international et olympique français, le premier ingénieur commercial chez IBM France, le premier ingénieur commercial, manager commercial et le premier à la direction du marketing chez Xerox France, etc …

L’ambition, est inscrit dans nos gènes, à nous d’aller la sortir du fond de nos tripes et la montrer au monde afin d’être reconnu. Mais il est vrai que cela représente un très gros travail sur soi ; travail de réflexion et de développement stratégique pour sa mise en œuvre. Cette alchimie est véritablement inscrite en chacun de nous, Africain ou pas d’ailleurs, et on ne peut s’en débarrasser. La preuve, dans l’ordre de développement spirituel que j’ai rejoint il y a quelques années, j’ai tout réorganisé et en voie d’en prendre la direction - Un hasard ? Non, une envie sûrement, mais un travail de fond, de la réflexion, de la stratégie, de l’implication en tout point de vue, au-delà de tous les efforts imaginables !

Oui, nous nous devons d’être ambitieux, pour exister et faire en sorte d’aller mieux ainsi que le monde qui nous entoure. Comme vous le savez, le monde n’a jamais évolué ni sombré sans la main de l’homme, guidée ou pas selon les convictions de chacun, par Un plus haut que chacun de nous. Mais quel qu’Il soit, Il nous a tout donné, tout ce que nous découvrons à force de recherches, tout ce que nous inventons et le libre-arbitre avec. A nous d’en faire quelque chose, le mieux qui soit du moins, pour une humanité plus merveilleuse et plus fraternelle.

Map Info : Vous avez atteint le grade de Grand Maître au taekwondo ; pour nos lecteurs qui ne connaissent pas cet art martial, en quoi consiste-t-il ? 

BJ : Le TAEKWONDO est l’un des sports de combats permettant le développement de toutes les formes d’énergie chez l’être humain. Une gymnastique de haut niveau, permettant de développer agilité et maintien d’une excellente capacité physique et morale, le développement de réflexes très efficaces tendant à l’aboutissement d’une totale maîtrise de l’individu, tout en lui donnant l’autonomie, le pouvoir de s’auto-défendre et défendre les siens. Le développement de la capacité à supporter les conditions de la compétition de haut niveau, de l’effort continu, à pouvoir surmonter les difficultés physiques et morales adéquates, l’acquisition et l’intégration de grandes et nobles valeurs indispensables à l’équilibre de l’être humain, et qui nous font cruellement défaut actuellement dans notre société moderne. 

Le développement, par la pratique au sein d’un DOJANG (école où se pratique le Taekwondo, avec les mêmes règles que dans une cellule familiale) d’un sens profond de la notion de respect de son prochain, de la tolérance, respect de la société, volonté de réussir à tout prix par l’effort, volonté de se dépasser, de vaincre, de gagner, de lutter face aux difficultés de la vie, le tout pour aboutir à une meilleure connaissance de soi et des autres.

Le TAEKWONDO se pratique dans un cadre martial où la discipline, la rigueur, la loyauté et le respect sont des codes d'honneur nécessaires pour un progression vers des techniques, un comportement et une mentalité supérieurs. Il développe chez les pratiquants agilité, souplesse, rapidité pour des attaques de membres supérieurs, pour les coups de pieds donnés au sol ou sautés, et autant pour les blocages ou les esquives. Il favorise une intense dépense physique, ce qui permet un maintien en forme absolu et sans équivoque. Il est actuellement sport olympique et cela depuis les JO de Sydney en 2000.

Map Info : Que peut apporter aujourd’hui la pratique du taekwondo au continent africain ?

BJ : La visibilité de l’Afrique au niveau international, à l’égale des autres nations, malgré nos moyens limités. C’est aussi un moyen de développement des valeurs pouvant pousser les jeunes africains au dépassement de soi et de la volonté de pousser des portes vers un succès programmé en chacun de nous à la base.

Pour les derniers JO de Rio, la Côte-d’Ivoire a remporté une MEDAILLE D’OR et UNE MEDAILLE DE BRONZE ; une première pour l’Afrique et cela rejoint l’indéfectible volonté de réussir, par le support de l’ambition que je vous ai exposé plus haut pour tout un chacun, Africain ou pas, Ivoirien, Malien ou autre. J’ai dit Malien, parce que le Mali et quelques autres pays africains ont déjà vu consacrer des champions du monde de Taekwondo, au sein de leurs athlètes.

Je le redis, il suffit de se pousser, d’avoir l’envie de passer de l’autre côté et de se mettre au travail, de façon quasi sacerdotale, car seul le but à atteindre reste l’objectif final - Alors, en avant !

Map Info : Quelles sont les prochaines dates à retenir concernant cet art martial ?

BJ : Les différents championnats du monde, junior, senior, universitaires, les différentes coupes continentales, les championnats dans chaque pays et … encore très loin, l’objectif final, les JO de Tokyo.   

Map Info : Vous qui êtes également un entrepreneur de haut niveau, avez-vous pu remarquer une implication suffisante des autorités africaines dans l’organisation des pratiques sportives sur leurs sols et une capacité à en faire un moyen de développement ? 

BJ : Oui, oui et oui, cela aidé par différents fonds d’entraide, par la Solidarité olympique pour qui j’ai aussi œuvré, ayant été désigné pour des stages et un relèvement du niveau de la pratique et des mentalités dans deux pays, le Bénin et le Centrafrique.

De toutes les façons, aucun pays n’a le choix de ne pas pousser les jeunes par le sport. C’est un véritable moteur déclencheur de compétences, de convictions, de volonté, de capacité à se dépasser et aller au-delà de ses limites naturelles, donc une des solutions aux valeurs prônées dans cet interview.

Map Info : Ces derniers temps beaucoup de migrants ont péri en tentant de gagner l’Europe clandestinement par la mer. On parle souvent d’immigration économique les concernant même si certains parmi eux fuient des situations de guerre. Quel message d’espoir pourriez-vous envoyer aux personnes qui seraient tentées par une telle traversée ?

BJ : je ne suis pas un bon exemple dans ce que je vais vous dire, car les époques ne sont plus les mêmes. Mais il est actuellement préférable d’œuvrer chez soi, plutôt que venir subir les méandres de la surpopulation de pauvres dans les pays développés. Le parcours des migrants, quand ils réussissent leur traversée est plus favorable pour les diplômés, mais ils manqueront à l’appel quand l’Afrique devra se réveiller ou se relever, comme cela avait été écrit en son temps pour la Chine. Si l’Afrique exporte toutes ses richesses et ses jeunes diplômés, que lui restera-t-il quand il sera l’heure des réalisations ultimes pour son développement et l’apaisement de sa population ?

L’Afrique, ses dirigeants et tous ceux qui veulent aider l’Afrique, doivent privilégier l’aide sur les avancements des programmes précis et non plus des versements qui finissent sur des comptes en Suisse, ou dans des agences immobilières, pour devenir des biens mal acquis, au détriment de leur destination primordiale. Battons-nous pour ce noble combat, dont l’objectif est la « réalisation aidée par des financements » et pas des « financements de projets-papier ».

Map Info : Vous avez fait référence au travail d’élévation spirituelle. La spiritualité est au cœur de la vie des Africains, mais pas toujours pour des raisons louables ; à cause notamment de la prolifération anarchique des églises et de la pratique des crimes rituels. Pour conclure, que diriez-vous qui puisse aider nos lecteurs à faire la part des choses dans ce domaine?

BJ : tout d’abord, la spiritualité n’a pas besoin de démonstration intempestive, et cela vaut pour tous ceux qui pensent à outrance que la foi doit être affichée, courue, criée à qui veut l’entendre, ou avec des massacres contre ceux qui pratiquent autrement, dans un sens ou dans un autre. Il est vrai que si nous observons bien les éléments dogmatiques qui nous sont assénés, les 3 religions révélées ne l’ont été que d’un seul côté du globe, comme si le divin avait en soi ignoré l’autre face du monde, qu’il a si bien et si parfaitement conçue.

Cette seule pensée nous ramène à la réalité de l’élévation spirituelle qui doit favoriser le libre-arbitre à tout prix, afin que LIBRE, tout individu puisse adopter la voie juste que lui dicte sa conscience, car il parait que c’est par la conscience que nous sommes reliés au divin.

L’élévation spirituelle n’est alors que l’affichage par l’exemplarité d’un comportement valeureux, noble, se remettant constamment en question, acceptant de se confesser à l’autre ou à sa propre conscience, accepter de pardonner, de rester dans une posture d’humilité, tolérante et réunissant tout ce qui est épars pour tendre vers la vérité, une et immuable de ce qui permet à chacun de nous de rester sur la seule voie qui conduit vers le Beau et le Juste. 

N’oublions jamais que la destination finale est la même pour tous, à savoir aller vers notre mort dans la sérénité et la paix nécessaire à l’élévation de notre âme à l’éternité. C’est un travail personnel sur soi, sur la face sombre de notre égo, sur la non-vengeance, sur le pardon, sur des comportements exemplaires et qui comme le disait Nelson Mandela : « donneront envie aux autres de nous imiter ».

Bien à vous et merci de m’avoir permis de communiquer avec vos lecteurs, en espérant déclencher quelque chose en eux, une première pierre pour de grandes réalisations.