Monsieur Sanogo Esaïe Abdul nous parle de l’intérêt de développer les technologies agricoles en Afrique.

 

MAP Info : Bonjour Monsieur Sanogo Esaie Abdul, merci d’avoir accepté de participer à cette interview. Afin de vous présenter brièvement aux lecteurs du MAP, pourriez-vous dire quelques mots sur votre parcours et sur votre structure AGRO-PLUS-TECH ?

 

SEA : Je suis Sanogo Esaïe Abdul, originaire de la Cote d’Ivoire et de nationalité américaine. Ingénieur de formation, spécialisée en engineering agricole, télédétection et géolocalisation des biens et des personnes. Je suis le fondateur et directeur général de la société IGTI, LLC ou INTERGTI (International, Global Trading & Investment) société de droit américain qui intervient dans les domaines de l’assistance et conseil en mécanique agricole, et « Middle Man » entre les constructeurs des machines agricoles et les potentiels clients. 

 

Je suis par ailleurs le fondateur et directeur général de la société World Sécurité France, société française et européenne spécialisée dans la géolocalisation et surveillance satellitaire des biens et personnes. Et enfin fondateur et directeur général de la société AGRO-PLUS-TECH en Côte d’Ivoire travaillant dans le transfert des technologies agricoles et agronomiques, dans l’environnemental et la Géolocalisation. 

 

MAP Info : Quelle analyse faite vous de la situation sur le terrain Afrique en ce qui concerne la mécanisation de l’agriculture ? 

 

SEA : Pour le moment, je considère l’Afrique comme à 0,1% mécaniquement agricole. La raison est qu’aucun gouvernement subsaharien n’a encore fait de la mécanisation de l’agriculture une priorité des priorités. Cela est constaté par l’exportation de plus de 50% de nos produits de grande consommation tels que le riz, le blé pour la farine et pâte de tomate etc… C’est quand même dommage qu’avec les moyens que nous avons et nos terres fertiles, la population paysanne et agricole continue de travailler à 90% manuellement. 

 

Ceci est dû à plusieurs facteurs. 

La méconnaissance de la technologie agricole, et le peu qui est connu est limité à l’utilisation des tracteurs pour la préparation des terres. 

Le manque de politique de valorisation, de vulgarisation et de formation en technologie agricole de la jeunesse. 

La surenchère des coûts de vente des machines qui est pour moi une arnaque voire une malhonnêteté financière. Comment comprendre qu’une machine qui coute 10,000.00 dollars US soit revendue en Afrique a 40,000.00 dollars US. Ce sont les raisons qui font que la modernisation de l’agriculture en général en Afrique est pour le moment réservée aux puissances financières telles que les sociétés multinationales et quelques nantis. 

 

MAP Info : Nous avons beaucoup de défis à relever en Afrique, en quoi la mécanisation de l’agriculture serait une priorité ?

 

SEA : La mécanisation de l’agriculture en Afrique n’est pas seulement une priorité mais la priorité des ; voir même une urgence pour sortir l’Afrique de la pauvreté et de l’aide extérieure pour un développement sure et durable. La Cote d’Ivoire sous la présidence de Houphouët Boigny avait un slogan comme fer de lance de son développement : « Le Succès de ce Pays repose sur l’Agriculture ». Ce qui voulait dire que le secret de sa politique de modernisation de son pays était l’agriculture. Dommage, il n’y a pas eu de continuité. 

 

Avec les outils traditionnels et rudimentaires on ne peut pas, même avec une main d’œuvre, nombreuse faire de grandes superficies agricoles au moment où les besoins alimentaires sont réels à cause de notre démographie galopante. L’insuffisance alimentaire est la raison première aussi de la cherté de vie dans nos pays. La mécanisation de l’agriculture permettra de répondre aux besoins du continent car il y a des machines qui préparent les terres, qui plantent ou sèment les plants et semences et d’autres qui les récoltent et les semi-transforment sur les plantations ou terrains agricoles. 

 

MAP Info : Il semble donc que l’Afrique ait trop tardé à mécaniser son agriculture 

 

SEA : Le but de la mécanisation de l’agriculture est de rendre aisé le travail agricole, créer de grandes plantations, les entretenir facilement et rapidement et les récolter puis transformer. Avec des pratiques manuelles ou semi-manuelles et à comparer à ce que nous voyons en Asie et en Amérique du Nord, l’Afrique est entre 50 et 100 ans en arrière si je suis indulgent. 

Conclusion : l’urgence et l’impératif de la modernisation des équipements et outils d’agriculture doivent être appliqués sans tarder.

 

MAP Info : Comment expliquez-vous que le retard sur les pays du nord persiste alors que l’Afrique possède comme vous l’avez souligné, de très grandes étendues cultivables ?

 

SEA : Première réponse à cette question sur notre retard par rapport aux pays du nord est dû au refus d’aller à l’essentiel de notre développement social et économique. Partout et ailleurs la vie et l’existence humaine se reposaient sur ce que j’appelle « Les Trépieds de l’Existence et de la Survie » qui sont l’agriculture, l’élevage et le commerce. Prenons pour exemple la découverte de l’Amérique par les européens, des possibilités qu’ils avaient de faire de cette nouvelle terre le grenier de l’Europe à cause de la diversité de ses cultures et les potentialités qu’offraient ses terres. Dans l’impossibilité de travailler et de produire en quantité suffisante, ils se sont retournés vers notre Afrique pour trouver des bras vaillants, courageux et endurants qu’ils pouvaient utiliser pour mettre en valeur leur politique agricole de grande production. 

 

C’est d’où est parti cette honteuse et inhumaine traite des noirs et ensuite les premières réflexions sur l’amélioration des outils de travail agricole. Nous, qui avions êtes exploités par les esclavagistes et après par les colons pour les richesses créées autour de l’agriculture refusons de prendre notre destin en main en investissant dans la base du développement réel et durable comme ont fait les occidentaux et imités aujourd’hui par les asiatiques. 90% de nos dirigeants africains ont étudié dans les pays du nord et ne diront pas qu’ils n’ont pas vu ou ne savent pas ce que je suis en train de dire. Nous sommes une société traditionnelle au même titre que les Asiatiques et on ne nous demande pas de créer sinon imiter ou suivre ce qui a été et est fait ailleurs. 

 

C’est avec un cœur meurtri que j’ai accepté cet interview mais il le fallait pour recadrer notre prétendu panafricanisme politiquement révolutionnaire qui ne nous amènera nulle part sinon augmenter la liste des assassinés, tels que Patrice Lumumba et Thomas Sankara.

 

MAP Info : Le panafricanisme ne se limite pas à la politique ; ne pensez-vous pas que les petits pays africains y gagneraient à avoir une politique agricole commune ?

 

SEA : Excuses moi car ma réponse sera la plus longue. Nos pays ont été créés, nommés et existent sur le démembrement de nos royaumes d’hier mais notre âme africaine est toujours intacte et cela doit être notre force pour le fédéralisme. Il nous faut maintenant des LEADERS, des personnes qui peuvent oser et s’unir pour amener les pays africains à regarder dans la même direction.  Le panafricanisme a été le fer de lance de la politique de nos pères des indépendances mais leur initiative a été tuée dans l’œuf par la divergence des points de vue des leaders de ce temps.  Les « balkanisateurs » en n’ont profité pour nous ré-diviser l’Afrique. Après il y a eu les panafricanismes politico-révolutionnaires comme Sékou Toure de la Guinée, Sylvanus Olympio du Togo, Patrice Lumumba du Gongo-Kinsasha, Amiral Capral et Thomas Sankara du Burkina Faso. Face à l’ambiguïté des pères des indépendances, ça a été des suites de bannissement, exils, coup d’état et d’assassinat. 

 

Nous avons aussi connu des panafricains politico-diplomatiques dont l’un des plus connus fut Houphouët Boigny ; eux sont arrivés à créer des bases que nous voyons aujourd’hui même critiquées mais qui peuvent servir pour une fédération africaine.  Ces derniers sont accusés à tort ou à raison comme ceux qui ont entretenu le pré carré du colonisateur par des engagements qui nous ont privé de notre indépendance économique. 

 

Maintenant le temps des panafricanistes nés autour de la chute des Murs de Berlin ceux de l’ère du multipartisme, composé a majorité des intellectuels africains que je cite encore certain, Nicéphore Soglo du Benin, Pascal Lissouba du Gongo-Brazzaville, Laurent Gbagbo de la Cote d’Ivoire, Alpha Omar Konaré du Mali et l’un des rares encore au pouvoir Alpha Condé de la Guinée qui nous avaient donné beaucoup d’espoir mais ont été plutôt le plus grand échec du panafricanisme.

 

Après cette analyse, parlons plutôt d’UNION DES PAYS AFRICAINS, car face à l’Union Européenne et les blocs économico-financiers, nous devons impérativement nous unir sinon nous échouerons et continuerons à être à la traine des pays développés. Nous avions déjà de bonne base à exploiter à travers les regroupements régionaux tels que la CEDEOA, UMOA, CONSEIL DE L’ENTENTE ETC. 

 

Un fédéralisme semblable à celle des Etats Unis d’Amérique dans lequel les états resteront tels avec leurs frontières et même système de gouvernement, conserveront leurs drapeaux et hymnes nationaux mais avec une monnaie commune gérer par des règles uniformes (Impôts et lois de gestions) le tout diriger par un gouvernement fédéral. C’est possible si nous restons réellement africains dans l’esprit et l’âme. L’Afrique a environ plus d’un milliard d’habitants et s’il elle parvenait à réaliser son unité, personne ne pourrait venir nous imposer ses règles financières.

 

Je crois au nouveau panafricanisme né autour des réseaux sociaux que je loue, car aujourd’hui au-delà des frontières le numérique et le virtuel ont fait de nous des citoyens africains, si la volonté y est-ce sera la base du panafricanisme des valeurs intellectuelles, technologiques et socio-économiques qui amènera la diaspora d’investir partout en Afrique sans tenir compte des frontières et pour cela j’ai déjà une stratégie.

 

MAP Info : Quel rôle peuvent jouer les Etats dans la perspective que vous poursuivez.

 

SEA : Nous faire confiance et être nos partenaires. Ce que je demande ce n’est pas de la liquidité financière mais le changement de mentalité pour une réorientation de notre système éducatif car la bureaucratie a pris le dessus sur l’application de la méthode dans le sens du concret. La classe ouvrière doit être revalorisée en Afrique car c’est la classe qui amène le changement sociale et économique ; elle est courageuse, elle ose, elle est travailleuse, méthodique et entreprenante. 

 

Si nos états peuvent s’inspirer des pays comme le Maroc qui aujourd’hui est un modèle de développement. Nos gouvernants doivent ouvrir la porte et faire confiance à sa diaspora, nos états doivent se passer de l’homme provident incarné par le président pour créer des structures de régulations indépendantes qui ne seront pas affectées par les changements politiques ou de politiciens. Il faudrait aussi faire l’effort pour mettre fin au système de la corruption, de la surenchère et du favoritisme parental, ethnique, régionale et du parti politique. 

 

MAP Info : Avez-vous essayé de prendre contacts avec des états Africains et si oui, cela vous a-t-il permis d’aller de l’avant ?

 

SEA : Je me suis investi personnellement depuis plus de 5 ans sur le terrain en Afrique. J’ai essayé la méthode de l’approche directe en contactant les gouvernants et les états ; mais des personnes ont fait barrière à mes démarches surtout en Afrique Francophone. « ON NE ME CONNAIT PAS !». Comme s’ils connaissaient avant les prétendus investisseurs européens et asiatiques. Trop d’intermédiaires entre les décideurs et la lenteur de l’administration due au respect insensé des hiérarchies elles-mêmes soumises à des supers hiérarchies de telle sorte qu’on ne sait pas à qui s’adresser. 

 

Je suis venu avec mes propres moyens mais j’ai trouvé en place un système lent favorisé par la corruption et des intermédiaires portés sur l’argent facile et rapide. Il y a aussi cette GANGRENE du système du « MANGEMENT » ou les prétendus décideurs cherchent avant tout à profiter des projets plutôt que d’aider à les réaliser. Une remarque à souligner : Personne n’a le dernier mot en Afrique même les ministres et personne ne se fait confiance ; tout le monde connait, le pessimisme et les paroles et actes de découragement. Finalement, j’ai pris la décision de travailleur avec les collectivités, les regroupements, les coopératives et les associations.

 

MAP Info : Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

 

SEA : Apres mes années d’expériences, c’est d’être moi-même sur le terrain et ne compter que sur moi-même et ma vision de la mécanisation de l’agriculture. Cibler des domaines et des cultures pour en faire des modèles. Je dois encore faire mes preuves sur le terrain par mes stratégies ; peut-être que cela amènera les gouvernants vers moi.

 

Fusionner la méthode américaine et l’asiatique de la mécanisation de l’agriculture et la mettre en pratique au profit du terrain africain. A court terme introduire plus de machines, aider à la formation des utilisateurs, orienter les choix des machines et les rendre accessibles aux agriculteurs. A moyen terme, développer dans chaque pays ou région la mécanisation des cultures traditionnelles.

 

Par exemple dans une région qui traditionnellement cultive le manioc, introduire des outils modernes de la culture du manioc jusqu’à sa transformation. A long terme ouvrir des ateliers de montage et de fabrication d’outils agricoles semis et modernes.

 

MAP Info : Nous vous souhaitons tout le succès possible. Ce genre d’équipement coûte cher à l’achat, avez-vous des solutions pour accompagner vos clients ?

 

SEA : Oui ces équipements coûtent réellement cher mais avec ma stratégie qui repose à 70% sur la méthode asiatique et à 30% sur celle de l’Amérique du Nord, je crois que l’achat ou la vente seront secondaires. Mon option est au lieu de voir grand par l’obtention des gros équipements qui sont faits pour la réalisation de grandes superficies agricoles nous ferons le choix des petites et des moyens équipements moins couteux à l’achat, faciles à transporter, à utiliser, à entretenir et réparer. 

 

MAP Info : A part l’intérêt économique, quelles autres motivations avez-vous ?

 

SEA : Je répondrai qu’on ne peut pas vivre heureux ailleurs et voir son continent, son pays et son peuple dans la pauvreté ambiante occasionnée par le manque d’initiative et de volonté politique des gouvernants. Je suis en train de préparer mon retour en Afrique pas en venant faire ce qui est déjà pratiqué mais en apportant mes expériences et appliquer ce que j’ai vu et étudié en Occident. Je suis fils de planteur, de paysan et mon premier investissement doit être autour de l’agriculture et ses dérivés. J’y suis déjà sans aide, c’est chez moi et j’ai la conviction que le temps sera en ma faveur.

 

MAP Info : Pour conclure, quel message enverriez-vous au continent Africain et à la diaspora ?

 

SEA : Faisons taire nos complexes de supériorité et d’infériorité, de connaisseur ou d’homme providentiel et incontournable. Retournons à nos valeurs qui sont basées sur le principe de la dignité que donne le travail. Nous avons déjà une diaspora la plus éduquée du monde seulement nous ne sommes pas unis ou nous nous sous estimons pire, nous créons du pessimisme ambiant, 

 

L’application de nos savoirs doivent prendre le dessus sur nos diplômes. C’est vrai que nos parents et frères du continent nous voient comme des vaches à lait qu’il faut traire à tout moment par des demandes d’aide qui n’en finissent pas. Mais appliquons sans humeur l’ordre et la méthode acquises au cours de nos années d’expérience, dans des projets en Afrique. Unissons-nous autour des principes légaux bien définis par des clauses d’unions ; appelons l’épargne, sécurisons la gestion de ses fonds selon les lois de nos pays d’adoption et allons à l’investissement dans nos pays d’Afrique car on y a besoin de nous. 

 

Le Mouvement d’Action Panafricain est déjà une plateforme de réalisation de nos ambitions. Il ne faudrait qu’un Euro ou un Dollar par mois sur douze mois comme investissement par 100, 000 de ses membres ce qui donnerait 1,200,000 Euros ou Dollars. Il est vrai qu’il faut améliorer la gestion du pouvoir en Afrique ; mais pas en faisant uniquement de la politique. Nous avons aussi besoin de nous investir sur le terrain avec nos moyens dans des secteurs de développement économique et social en priorité. 

 

Nous devons nous donner les moyens de faire face aux investisseurs venus d’ailleurs, dans le but de s’accaparer de nos richesses, en démontrant notre savoir-faire sur le terrain. Voilà mon message de fin d’interview tout en remerciant le MAP de m’avoir donné la parole.