Le Docteur Abdoul-Fatah KANTA nous parle de la nécessité et de l’intérêt d’adopter une véritable politique énergétique à long terme.

 

MAP Info : Bonjour Monsieur Abdoul-Fatah KANTA, merci d’avoir accepté de participer à cette interview. Afin de vous présenter brièvement aux lecteurs du MAP, pourriez-vous dire quelques mots?

 

 

AFK : Je suis Abdoul-Fatah KANTA titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) et d’un Doctorat en Sciences Pour l’Ingénieur tous deux obtenus en France.

 

MAP Info : Vous êtes investi dans des projets de développement et de transfert de compétences en Afrique et notamment au Niger sous différentes formes. Quelle analyse faite vous de la situation sur le terrain au Niger et en Afrique en général ? 

 

AFK : L’Afrique est un continent vaste et diversifié. Le niveau de développement des secteurs économique et énergétique varie fortement entre les 54 pays. Ce continent connaît actuellement une période de croissance économique et de transformation soutenue : sa population augmente rapidement et ses économies se développent et se diversifient. Pour qu’elle soit durable, une telle croissance requiert un investissement massif dans le secteur de l’énergie.

 

Malgré l’urbanisation rapide, au moins 40% de la population africaine à venir devrait continuer à vivre dans des zones rurales en 2050 et aura besoin d’accéder à des services énergétiques modernes. Le secteur agricole et l’économie rurale, qui occupent une place importante dans les économies africaines, continueront à jouer un rôle essentiel dans la croissance économique du continent. À l’heure actuelle, une grande partie de l’Afrique rurale doit faire face à des difficultés particulières, dont notamment le manque d’accès à l’électricité et aux combustibles et technologies de cuisson propres, ainsi que la distance vis-à-vis des réseaux électriques nationaux.

 

MAP Info : D’aucuns pourraient vous répondre qu’il y a d’autres attentes plus immédiates

 

AFK : Certes, mais l’accès à l’énergie est une condition préalable nécessaire au développement économique et social car presque toute activité de production requiert un apport en énergie.

 

La couverture des besoins énergétiques fondamentaux (éclairage, communication, soins et éducation) offre aux communautés et aux ménages des avantages considérables.

Toute approche à long terme pour l’Afrique doit prendre en compte deux sortes d’enjeux énergétiques radicalement différents, à savoir : ceux auxquels les villes africaines se voient confrontées et ceux qui se posent dans les zones rurales. 

 

MAP Info : Quel rôle peuvent jouer les Etats dans la perspective que vous projetez.

 

AFK : Les gouvernements nationaux et les autorités locales auront un rôle majeur à jouer dans l’élaboration de politiques urbaines et rurales pertinentes et intégrées, afin de répondre à la demande croissante en électricité, en chaleur et en transport des populations, et d’assurer la convergence des niveaux de vie.

 

MAP Info : Faut-il alors tout attendre des pouvoirs publics ?

 

AFK : La plupart des communautés rurales sont caractérisées par une faible densité de population, ce qui implique des coûts de connexion élevés. La demande correspond principalement à un usage domestique et agricole, et les clients ruraux disposent souvent de ressources financières plus faibles. Dans un tel contexte, les entreprises peuvent jouer un rôle crucial pour répondre à la demande rurale et décentralisée. Cependant, elles doivent pour cela pouvoir évoluer dans un environnement commercial propice, instauré par les politiques publiques.

 

MAP Info : L’Energie est un terme générique qui indique un vaste domaine. Quelle application particulière voyez-vous sur le continent Africain ?

 

AFK : Le choix de l’énergie solaire s’avérerait compétitif par rapport à d’autres solutions, favoriserait les économies d’échelle et offrirait des avantages considérables en termes de développement équitable, de création de valeur à l’échelle locale, de sécurité énergétique et de viabilité environnementale.

 

Cette technologie représente aujourd’hui la solution la plus économique pour l’électrification hors réseau ou via mini-réseau des zones isolées et pour étendre la fourniture des réseaux centralisés sur les sites possédant de bonnes ressources renouvelables.

 

MAP Info : Un tel projet ne s’improvise pas surtout lorsque l’on part de rien, comment concrètement allez vers une telle évolution ?

 

AFK : Les gouvernements peuvent utiliser toute une série d’outils de politiques publiques pour soutenir l’utilisation des technologies renouvelables, au fur et à mesure que celles-ci font leurs preuves. La tarification et les primes préférentielles sont des accords d’achat d’électricité standard dans lesquels les tarifs ou les primes sont fixés, ce qui signifie que le promoteur bénéficie d’un prix garanti pour une période convenue. Ce procédé est bien établi, notamment en Europe, où les coûts de ces systèmes sont généralement supportés par les consommateurs. Il a aussi été mis en œuvre dans plusieurs pays africains.

 

MAP Info : Comment expliquez vous que le retard sur les pays du nord persiste ?

 

AFK : La mise en place d’un instrument spécifique requiert que l’environnement local y soit favorable. Dans le cas des pays en développement, le pouvoir d’achat des consommateurs est limité et le besoin d’expansion est souvent de plus grande échelle par rapport aux pays industrialisés, en raison de la forte croissance économique et démographique.

 

MAP Info : A part l’intérêt économique, quelles autres motivations voyez-vous à une telle politique énergétique ?

 

AFK : L’énergie solaire offre de vastes possibilités de traiter les problèmes que sont la sécurité énergétique et la volatilité des prix de l’énergie et d’y remédier progressivement. Cette source d’énergie a un rôle majeur en termes de réduction des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, contribuant ainsi à stabiliser le système climatique et à favoriser la transition durable, sûre et en douceur vers une économie sobre en carbone.

 

Les sources d'énergies renouvelables présentent l'avantage d'être disponibles en quantité illimitée. Leur exploitation est un moyen de répondre aux besoins en énergie tout en préservant l'environnement. L’énergie, dans un contexte de développement, nécessite que soit pleinement compris le rôle qu’elle joue dans l’amélioration des conditions de vie des populations pauvres. En effet, l’énergie influence profondément le bien-être des individus, que ce soit à travers l’accès à l’eau, la productivité agricole, la santé, l’éducation, la création d’emploi ou la durabilité environnementale. 

 

MAP Info : Pour conclure, quel message enverriez-vous au continent Africain et à la diaspora ?

 

Il faut comprendre qu’une meilleure offre d’énergie permet aussi à l’Etat d’offrir des services d’éducation, de santé et de communication à meilleur coût et en plus grande quantité à la population. Elle favorise aussi la circulation de l'information, élément essentiel de la prise de décision politique. Elle permet ainsi de cibler les populations dans le besoin et de faire un choix éclairé des politiques les mieux adaptées au contexte local et national. Réciproquement, la circulation de l’information et l’amélioration des conditions de vie des populations favorisent le développement de la participation de la population aux choix nationaux, pouvant permettre un approfondissement du caractère démocratique des institutions. A partir de ce constat, il revient à nos Etats de faire en sorte que l’énergie soit accessible à tous. Au vu du rythme d’agrandissements des villes, il urge d’asseoir une politique capable de sortir les pays africains de leurs dépendances énergétiques. 

 

Dr Abdoul-Fatah KANTA

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